James Hansen: l’exploitation des sables bitumineux, c’est game over pour le climat

Dans le New-York Times du 9 mai dernier, le climatologue émérite et directeur à la NASA James Hansen a publié un texte lourd de conséquences s’il s’avère exact. Après avoir rappelé le potentiel d’émissions et de réchauffement des sables bitumineux, le scientifique soutient que leur exploitation à plein régime marquera un point de non-retour climatique dont les impacts seront dévastateurs. C’est pourquoi il implore le leadership du président des États-Unis dans le dossier Keystone, le pipeline devant relier l’Alberta au Texas.

« La science est claire sur la situation — il faut que maintenant que la politique suive. (…) Toutes les académie des sciences nationales du monde confirment que la Terre se réchauffe, que ce réchauffement est principalement causé par les êtres humains et que la situation commande une action urgente.  Le coût des impacts augmentent dramatiquement avec le temps qui passe — nous ne pouvons plus attendre plus longtemps si l’on veut éviter le pire et être jugés immoraux par les générations futures. »

Qu’en pensez-vous?

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Le climatologue émérite James Hansen sur TED Talks

Comptant à son actif près de 200 articles scientifiques publiés depuis les années 1960, le climatologue et directeur du Goddard’s Institute for Space Studies de la NASA James Hansen est considéré comme l’un des plus importants experts de l’humanité sur la question des changements climatiques. Voici une allocution récente présentée par ce scientifique émérite et grand-père engagé:

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Au cours des années 1980 et 1990, Hansen a régulièrement été interpellé par les instances politiques américaines afin que ses connaissances servent à éclairer la société sur les décisions à prendre relativement au réchauffement global. Ses collaborateurs et lui ont à ces occasions prédit plusieurs effets du réchauffement global aujourd’hui réalisés ou en cours de l’être.  Constatant au fil de toutes ces années l’inertie du système relativement à l’ampleur des enjeux, ce scientifique a priori discret a fini par oser critiquer l’administration américaine de Georges W. Bush en 2004, suite à quoi il a dû subir de multiples tentatives de censure.

Depuis cet épisode, disant agir au nom de ses petits enfants, Hansen a continué d’utiliser sa parole citoyenne pour alerter l’humanité, au moyen de données scientifiques, sur les dangers croissants de l’inaction climatique.  Auréolé d’une autorité scientifique incontestable, il est un des rares climatologues ayant la crédibilité et la volonté nécessaires pour affronter les réactions politiques féroces que suscite une telle « interférence » d’un scientifique sur la place publique.

Page personnelle du Dr James Hansen.

Données paléoclimatiques: le climat serait plus réactif qu’on ne le croyait

Une recherche paléoclimatique menée par le dr. James Hansen de la NASA indique que la réaction du climat à un forçage radiatif serait plus rapide que généralement convenu jusqu’ici, possiblement en raison de l’instabilité sous-estimée des glaces.  Les résultats indiquent que lors du dernier épisode interglaciaire, l’Eémien il y a 120 000 ans, la température globale était environ 1°C plus chaude qu’aujourd’hui et le niveau de la mer 4 à 6 m plus élevé. Un réchauffement de 2°C, la limite politiquement convenue, serait quant à lui comparable à la température du Pliocène, il y a 4 million d’années, alors que le niveau de la mer était plus élevé d’environ 25 m. Ces observations paléoclimatiques semblent corroborées par l’observation satellite d’une perte de masse accélérée au Groenland et en Antarctique depuis 2002, ainsi que par le déclin plus rapide que prévu de la banquise arctique:

However, based on evidence presented in this paper a target of 2°C is not safe or appropriate. Global warming of 2°C would make Earth much warmer than in the Eemian, when sea level was 4-6 meters higher than today. Indeed, with global warming of 2°C Earth would be headed back toward Pliocene-like conditions.
Conceivably a 2°C target is based partly on a perception of what is politically realistic, rather than a statement of pure science. In any event, our science analysis suggests that such a target is not only unwise, but likely a disaster scenario.

Communiqué de la NASA
Étude originale
Présentation des chercheurs lors de la rencontre de l’American Geophysical Union.

Les chaleurs triple-sigma: une nouvelle catégorie de température extrême a fait son apparition

Désormais, lorsqu’un événement météorologique extrême se produit, dans les médias comme dans les conversations, la question se pose systématiquement: est-ce la faute du réchauffement global?  En général, dans l’état actuel des connaissances, la réponse scientifique typique  se décline à peu près de la manière suivante:

  1. Il n’est jamais possible d’attribuer aux changements climatiques la responsabilité d’un événement en particulier puisque la climatologie s’exprime sur des tendances à long terme.
  2. Chaque événement particulier s’explique par un éventail enchevêtré de causes spécifiques, aussi bien rapprochées qu’éloignées de lui dans l’espace et dans le temps.
  3. Il y a toujours eu des événements extrêmes.
  4. La science des changements climatiques prévoit cependant depuis plusieurs années que la hausse des températures, via l’accroissement de l’évaporation des sols et des océans, entraînera une augmentation des sécheresses et des précipitations intenses, selon les régions.

À partir de cette réponse scientifiquement rigoureuse, il ne semble donc pas possible d’établir de lien ferme entre réchauffement et événement extrême, même si la science du climat prédit pourtant l’augmentation de certains d’entre eux.  Pour faire le lien, c’est non pas à un seul événement qu’il faut s’attarder, mais à un ensemble d’événements répartis dans la durée.  La bonne question est donc: «Y a-t-il augmentation des événements extrêmes dans les dernières décennies?»  C’est à cette question qu’on voulu répondre Hansen, Mato et Ruedy dans une de leur plus récentes études, en s’attardant spécifiquement aux événements de températures extrêmes.  Les deux climatologues ont voulu quantifier l’évolution des anomalies de température au cours des dernières décennies en les catégorisant en « unités de déviation standard », plus communément appelés écart-type (σ).

Leur travail met ainsi en lumière l’apparition d’une nouvelle catégorie d’événement à peu près inexistant il y a 30 ans et couvrant maintenant environ 10% des surfaces émergées en juillet-août: les chaleurs triple-sigma.  Il s’agit d’anomalies de température s’écartant de plus de trois écarts-types de la courbe normale de distribution du climat d’une région donnée.  Les cartes de températures publiées par les chercheurs montrent bien l’émergence récente de ces chaleurs extrêmes. Leur conclusion: «Thus there is no need to equivocate about the summer heat waves in Texas in 2011 and Moscow in 2010, which exceeded 3σ – it is nearly certain that they would not have occurred in the absence of global warming. If global warming is not slowed from its current pace, by mid-century 3σ events will be the new norm and 5σ events will be common

Dans une courbe distribution normale, 68% des anomalies (écarts à la normale) se classent à l'intérieur du premier écart-type relativement à la valeur moyenne, 27% entre 1σ et 2σ et 4% entre 2σ et 3σ. Seulement 0,2% des événements s'écarte de plus de 3σ de la moyenne.

Une autre étude s’intéressant à cette question ici.