Nous appuyons sur l’accélérateur

Durant la décennie 1990-1999, qui vit la communauté scientifique avertir officiellement l’humanité à propos du réchauffement global, le taux de croissance des émissions de CO2 était de 1% par année. Ce fut la décennie la plus chaude de l’histoire instrumentale.

Durant la décennie 2000-2010, qui vit les académies nationales scientifiques du monde confirmer unanimement la réalité du réchauffement et l’ampleur des bouleversements à prévoir, ce taux de croissance triplait pour atteindre 3% par année, incluant la récession de 2009. Cette décennie fut à son tour la plus chaude de l’histoire.

Durant la première année de la décennie actuelle, 2010, le taux de croissance annuel a explosé pour atteindre 6%. Du jamais vu. 2010 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée.

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À propos de l’effet de serre

L’effet de serre. Aujourd’hui l’objet d’un enjeu qui interpelle l’humanité entière, l’expression est connue de tous et beaucoup en comprennent le principe général. À notre tour d’en glisser quelques mots.

En une phrase: l’effet de serre, c’est la faculté de notre atmosphère d’être transparente à la lumière du soleil, mais de retenir la chaleur dégagée par la Terre. Un peu comme une couverture permet de retenir notre chaleur corporelle près de nous, l’atmosphère recouvre la surface terrestre et la tient plus au chaud. Cette faculté est due aux fameux gaz à effet de serre que sont la vapeur d’eau, le gaz carbonique et le méthane. Sans eux, l’atmosphère serait transparente à la chaleur émise par la Terre et n’agirait plus comme une couverture: la température moyenne de la planète serait alors plus froide d’environ 33°C, soit -18°C plutôt que que 15°C…

effet de serre

Entrer à l’intérieur d’une voiture longuement exposée au soleil d’été, vitres fermées, est une autre expérience évocatrice de l’effet de serre (plus commune aujourd’hui que d’entrer dans une véritable serre…). Les vitres laissant entrer l’énergie du soleil, mais retenant la chaleur dégagée par les sièges et autres surfaces réchauffées, l’air peut y être suffocant. Une autre analogie intéressante a été proposée il y a 150 ans par John Tyndall, un pionnier de la question.

Ces analogies ont toutefois leurs limites. Ainsi, bien qu »il soit vrai que les vitres d’une serre ou d’une voiture bloquent le rayonnement thermique sortant, il reste que c’est surtout leur effet «coupe vent», le fait qu’elles empêchent physiquement l’air chaud de s’envoler, qui explique leur efficacité à faire grimper la température. Avec ses multiples couches et modes d’échange d’énergie, l’atmosphère est bien plus complexe qu’une vitre ou une couverture. À la base, l’expression même du phénomène, « l’effet de serre », est donc une analogie plus ou moins exacte.

Une des caractéristiques importantes de l’effet de serre, c’est qu’il agit «par le bas», affectant d’abord et essentiellement les couches inférieures de l’atmosphère. La physique de l’effet de serre prévoit même que son intensification, en retenant plus de chaleur «en bas», entraîne temporairement une baisse de la température de la haute atmosphère. C’est exactement ce qui est observé actuellement:

L’effet de serre est un processus naturel dont la présence et l’intensité peut s’avérer aussi bien vitale que fatale pour les conditions d’habitabilité d’une planète. C’est une question d’équilibre. Vénus, la planète la plus chaude du système solaire, est un monde où l’effet de serre s’est emporté il y a bien longtemps. Son atmosphère, principalement composée de CO2, maintient une température de surface d’environ 460°C…  Pourtant, sans effet de serre et à albédo constant, la température moyenne de Vénus serait bien en-deçà du point de congélation!

En ayant augmenté le taux de CO2 atmosphérique de près de 40% depuis la révolution industrielle, et en continuant d’injecter, chaque jour, plus de 70 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, nous provoquons une intensification de l’effet de serre sur notre planète.

390 ppm: la concentration de CO2 dans l’atmosphère franchit un nouveau cap

Le mois dernier, pour la première fois depuis au moins 1 million d’années, le taux de gaz carbonique dans l’atmosphère de la Terre a franchi le cap des 390 ppm, une augmentation de 40% relativement au taux de l’ère pré-industrielle en 1750. Ce taux était resté à peu près inchangé depuis les 10 000 dernières années. Le niveau pré-industriel de 278 ppm se situait lui-même à la limite supérieure d’une oscillation qui durait depuis au moins 800 000 ans, corrélée avec les cycles glaciaires, et qui faisait varier la concentration de CO2 entre 180 et 280 ppm.

Il y a quelques semaines, l’organisation météorologique mondiale (OMM) a publié son rapport officiel pour l’année 2010. Le bilan scientifique constate qu’entre 2009 et 2010, la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère a augmenté de 2,3 ppm, une hausse plus importante que la moyenne de la décennie 2000-2010, établie à 2,0 ppm/an. La hausse moyenne des années 1990 était de 1,5 ppm/an.

Après la récession de 2008, le taux d’augmentation des émissions humaines de gaz à effet de serre avait subi un léger ralentissement (i.e. elles avaient augmentées moins rapidement), mais 2010 aura vu l’humanité appuyer de nouveau sur l’accélérateur.

Le rapport constate également que le forçage radiatif de l’atmosphère par les gaz à effets de serre s’est accru de 29% entre 1990 et 2010, le dioxyde de carbone contribuant pour 80 % à cette augmentation.  «Même si nous parvenions à stopper aujourd’hui nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui est loin d’être le cas, les gaz déjà présents dans l’atmosphère y subsisteraient encore pendant des dizaines d’années » a déclaré le Secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud.

D’après: Organisation Météorologique Mondiale
Rapport officiel sur l’état des gaz à effets de serre dans l’atmosphère 2010 ici.