Canicule martiennne : bilan provisoire

La plus incroyable vague de chaleur printanière de l’histoire du Canada et des États-Unis est maintenant chose du passé. L’anticyclone stationnaire à l’origine des températures extrêmes – relativement à la normale – qu’ont expérimentées le centre et l’est de l’Amérique du Nord la semaine dernière a fini par se dissiper. Il laisse derrière lui des statistiques ahurissantes et des conséquences naturelles qui continueront de se déployer au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Pour les millions de personnes qui les ont vécues, ces journées furent complètement surréalistes, nous transportant subitement de mars à juin. Les météorologues eux-mêmes n’ont eu d’autres choix que de se répandre en superlatifs.

Il existe un certain nombre de réponses à la question de savoir si l’on peut voir dans cet événement l’empreinte du réchauffement global. J’ai évoqué l’une d’entre elles dans un article précédent. Une autre réponse est offerte par Kevin Trenberth, climatologue senior au centre national de recherche atmosphérique des États-Unis (NCAR): « La réponse à cette question fréquente, est qu’il s’agit de la mauvaise question. Ainsi posée, elle n’appelle qu’une réponse incomplète et insatisfaisante. Mais si on veut lui offrir une réponse, la meilleure est la suivante: tous les événements météorologiques sont influencés par le réchauffement global parce que l’environnement dans lequel ils se produisent est aujourd’hui plus chaud et plus humide que par le passé. ». Chaque événement extrême est donc influencé à la fois par les facteurs de variabilité naturelle et par le réchauffement global.

Quelques faits divers hétéroclites à propos de ce phénomène météo historique:

Records:
– Depuis le début des archives météorologiques en Amérique, à la fin des années 1800, il n’y a jamais eu autant de records printaniers battus et par une aussi grosse marge et sur une aussi longue durée.

– Aux États-Unis seulement, plus de 7000 records de chaleur ont été battus depuis la mi-mars.

– Au Canada, des records de chaleur ont été battus de Winnipeg jusqu’à Halifax.

– La ville de St-Jean au Nouveau-Brunswick a enregistré 27,2°C le 21 mars dernier.  C’est près de 5°C plus chaud que la plus haute température jamais mesurée là-bas… au mois d’avril!

– À Chicago, la température moyenne de mars 2012 se qualifie actuellement comme la 7e plus chaude pour un mois d’avril…

– Toujours dans la ville des vents, le record quotidien de température maximale a été battu 9 jours d’affilé, un événement des plus exceptionnels.

– Dans le sud du Québec, la plupart des villes ont battus leurs records quotidiens historiques 5 jours de suite.

– Du jamais vu: à au moins 4 endroits, la température minimum du jour a battu le record de température maximum pour la même date (6,7°C). C’est le cas notamment du sommet du Mont Washington au New-Hampshire.

– Le 22 mars, il a fait 29,2°C à Western Head en Nouvelle-Écosse. Le 22 mars le plus chaud de l’histoire de la ville était jusqu’alors de 10,6°C!  Le record, et non pas la normale, a ainsi été dépassé de plus de 18°C…  Une telle marge a aussi été atteinte à Pellston, Michigan.  Dans le Québec méridional, les records ont été battus par une dizaine de degrés environ.

Citations de météorologues:
– André Cantin : « En 30 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça ».

– Jeff Masters: « This is not the atmosphere I grew up with. The duration, areal size, and intensity of the Summer in March, 2012 heat wave are simply off-scale, and the event ranks as one of North America’s most extraordinary weather events in recorded history.»

-Christopher C. Burt: « it’s almost like science fiction at this point. »

– Stu Ostro: « In recent years I’ve documented hundreds of extreme and/or unusual weather events nationally and globally, but this one is even freaking me out with the nature of the air mass, clouds and downpours yesterday and today, and how the sky has looked so tropical, where I live in the Atlanta area – in mid-March. It’s surreal. »

Faits divers:
– Les bourgeons de dizaines de milliers de pommiers ont éclos dans le sud du Québec, un mois plus tôt qu’à l’habitude, les exposant aux risques du gel. Les arbres fruitiers sont encore plus sensibles que les autres à ce type d’événement en raison de leurs structures florales fragiles.

– Dans la région des Grands Lacs, la saison de croissance s’est réellement mise en branle, 5 semaines d’avance, et l’industrie fruitière est sur le qui-vive, certains producteurs installant même d’immenses ventilateurs et chaufferettes sur leur plantation pour tenter de maintenir les températures nocturnes des prochains jours tolérables pour les bourgeons et les fleurs.

– Des pics de pollen ont été enregistrés dans plusieurs états américains et, même au Québec, certaines personnes ont pu ressentir des symptômes d’allergies liés aux pollens de peupliers et de tremble.

– Plusieurs stations de ski alpin du sud du Québec ont dû mettre un terme précoce à leur saison. Un propriétaire a exprimé son incrédulité après avoir vu disparaitre en 4 jours une base de neige de plus de 100 cm.

– Du Wisconsin jusqu’au Québec, des indices de feux de forêts ont été émis par les autorités à une période où la neige recouvre normalement les sols. Dans l’état américain, des centaines d’acres ont été ravagés par les feux de broussailles.

– Plusieurs lacs ont «calés» dans le sud du Québec.  La glace recouvre normalement ces étendues d’eau jusqu’à la mi-avril.

– Autre spectacle inédit en mars: de nombreuses régions de l’est canadien ont vu s’activer des insectes comme les fourmis, moustiques, mouches et papillons.

– L’anticyclone étant plus ou moins centré sur l’aire de répartition de l’érable à sucre, c’est tout le domaine de l’acériculture qui a subi les effets la vague de chaleur.  Les impacts sont variables selon les régions, l’orientation des érablières et l’équipement des acériculteurs, mais vont partout d’importants à graves. Au Québec, un système de gestion collective permet cependant de puiser dans les réserves accumulées lors des années précédentes afin de compenser les pertes d’une années particulière.

– Enfin notons que ce genre de blocage atmosphérique lié à la persistance d’une zone de haute pression partage certaines caractéristiques des vagues de chaleur historiques en Russie (2010) et en France (2003).

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