Volume de la banquise arctique: 3e minimum record consécutif

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De nos jours en Arctique, les records se succèdent à un rythme impressionnant.  Le record du volume minimum de la banquise a de nouveau été battu cette année, pour la 3e fois consécutive. Mais est-ce encore étonnant? Le record du volume minimum a maintenant été abaissé 8 fois cours des 10 dernières années. Le climat polaire est sur les stéroïdes.

Moins populaire que l’étendue, sa cousine 2D, le volume est pourtant un indicateur aussi fondamental. La face cachée de l’iceberg, en quelque sorte. À 3300 km3 cette année, le continent flottant n’est plus l’ombre de lui-même. Le volume estimé de la banquise polaire ne faisait plus en septembre que 26% des 12 500 km3 qu’il atteignait en moyenne pendant la période 1979-2011 (elle-même une période de déclin). Depuis quelques années, le volume maximum hivernal n’atteint même plus le minimum estival normal.  Disons-le encore autrement: depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992, la banquise polaire a fondu du 3/4.

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Il faut noter que les données de volume sont plus difficiles à obtenir que celles de superficie, et que leur marge d’incertitude est plus grande. Le programme PIOMAS, du Polar Science Center de l’Université de Washington, est une des principales références en la matière.  Mais la qualité des données vient de faire un bond important avec la mise en service de CryoSat-2, le premier satellite dédié spécifiquement à l’épaisseur de la glace. Une autre mission de l’ESA, SMOS(vidéo), permet aussi d’obtenir de précieuses mesures.

Selon le PIOMAS, c’est environ 700 km3 de glace supplémentaire qui s’est liquéfié cette année au pôle nord, s’ajoutant aux 400 km3 perdus l’an dernier et aux impressionnants 2500 km3 de 2010 et 2007.  Si cette tendance plus rapide que prévue ne s’inverse pas très rapidement, et rien ne le laisse croire, la disparition complète de la banquise pourrait survenir avant 2020. Certains experts évoquent même 2016.  Ces hypothèses tranchent de manière surréaliste avec les projections conservatrices du GIEC, dont le rapport de 2007 évoquait encore l’horizon 2100, comme le rappelait récemment l’océanographe Louis Fortier dans une entrevue radiophonique.

La principale explication de cette discordance tient au fait que les complexités liées aux nombreux mécanismes de rétroaction à l’œuvre dans l’Arctique ne sont pas encore comprises de façon consensuelle par les chercheurs et, par prudence scientifique, leurs effets potentiels restent donc exclus des modélisations utilisées par le GIEC. Cette «prudence» est maintenant interrogé par un nombre grandissant d’observateurs.  Car si la prudence est une vertu dans le cadre pur de la méthode scientifique, il n’en est pas nécessairement de même dans un contexte de gestion de risque où l’avenir des sociétés est en jeu. Une recherche récente d’une équipe du MIT a ainsi évalué que la fonte de la banquise se produisait environ 4 fois plus rapidement que prévu par les modèles du rapport de 2007. Il n’est donc pas irréaliste de penser que la calotte polaire pourrait vraiment disparaître des décennies d’avance sur les projections officielles.  Imaginez la scène quand le président du GIEC se présentera au micro ce jour-là…

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Mais au-delà du débat sur la date, qui risque de nous faire perdre de vue l’essentiel, il reste que la fonte de la banquise dans l’horizon d’une vie humaine est maintenant une quasi-certitude. C’est d’une ampleur proprement géologique. Tout indique que nous avons maintenant franchi le point de non-retour.  Les conséquences d’un tel événement peuvent difficilement être surestimées, à la fois en terme symbolique, géopolitique et climatique. Physiquement parlant, c’est l’équivalent de faire passer le réchauffement global en mode turbo.  D’abord parce qu’en fondant, l’Arctique est en train de passer de la réflexion à l’accumulation d’énergie solaire. Le bilan radiatif d’une telle transformation est colossal. Seulement depuis 30 ans, l’énergie supplémentaire absorbée par l’océan en raison de la baisse de superficie de la banquise  équivaut, selon le glaciologue Peter Wadhams, à 20 ans d’émission de CO2 au taux actuel.

L’accumulation de toute cette énergie dans le système polaire, à laquelle s’ajoute toute celle amenée par les eaux réchauffées du Pacifique et de l’Atlantique, accélère elle-même d’autres réactions auto-amplificatrices, comme la fonte du pergélisol et le dégazage du méthane océanique. Le pergélisol et les plate-formes océaniques de l’océan Arctique contiennent des quantités gigantesques de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, qui risquent de provoquer un emballement incontrôlé du climat si elles sont libérés dans l’atmosphère. La fonte de la banquise va aussi accélérer la fonte du Groenland et donc l’élévation du niveau de la mer.  Plusieurs pensent qu’elle perturbe déjà le courant-jet et les patrons atmosphériques de l’hémisphère Nord, expliquant en partie la série d’événements extrêmes des dernières années, causés principalement par des épisodes de blocage atmosphérique.  Et tout ça bien sûr sans parler des conséquences sur les écosystèmes et les communautés.

Après 45 millions d’années de règne, il semble aujourd’hui que le temps de la calotte polaire arctique tire à sa fin.  Bienvenue dans l’anthropocène.

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